...l'écrit s'écrit

Publié le par imagiter.over-blog.com

...l'écrit s'écrit

…et de ce cri qui s’envole à en devenir universel – le son du mot même moule l’essor droit tout dirigé vers le ciel. De s’écrier l’écrit, tel une torche de puissance, en vrille l’air profond. Crier, hurler, rugir tout son encrier – oui l’écrit s’écrie de tous ses cris intérieurs.

Mais quels sont les contenus de ces cris écrits ?

Quelques détours nous en permettrons d’en faire le tour :

*** Je m’écrie et tu l’écris. Le cri premier reste suivi par l’écrit. L’écrit ne le précède donc pas. Le préfixe é- le poursuit en écriture. Oui le préfixe é-, du latin ex, marque l’action de retirer ou de déplacer quelque chose. Mais vers l’extérieur. Qui s’écrie m’écrit donc. Le préfixe ex- porte toute la force vers « en dehors » - il exporte donc ici le cri. S’agit de comprendre vers où ? Le pousse vers la périphérie : l’origine et le centre de tout écrit demeure donc le cri. Son contenu est contenu par l’écrit même : le cri ne surgit plus directement mais il se profile le comme moteur essentiel de tout écrit. Sans cri intérieur pas d’écrit du tout…

*** S’écrier - verbe réfléchi qui étend le volume de la voix, l’agrandit, l’augmente. L’enlèvement du cri l’élève et le lève plus fort, plus grand et plus haut. Le renforcement par le cri devient très lisible et très audible !!! Le latin ex, aura marqué l’action de retirer ou de déplacer quelque chose. Un transport. En le plaçant, ensuite, à l’extérieur il nous le rend bien visible : l’écrit - son étymologie de « scrïbere » forme l’écrin de l’écrit : « scriptorium » qui affiche le « travail » que forme l’écriture. Son graphe rassemble tous les autres graphiques. Écriteaux en sus. Inscriptions qui montrent la file d’attente, le rang cardinal et le flux ordinal… etc. le procès-verbal n’est même pas verbal mais un écrit qui atteste, certifie et témoigne. Le tout traité en traités : l’homme de lettres dessine toutes les lettres, les conserve, les reformule et les diffuse. Sans du tout les grimer en grimoires…

*** Mais si l’écrit s’écrit il n’a plus besoin de nous pour l’écrire alors. Il s’écrit tout seul et s’écrie spontanément. Son indépendance est devenue complète ! Là encore le préfixe é- souligne que c’est hors de, un limpide mouvement qui expulse le phénomène cri hors de lui. L’écrit ? Ce qui pousse le cri hors de son travail, afin que le sens en reste tout audible, perceptible, discernable oui palpable !!! L’écrit se montre donc cathartique et thérapeutique : ne s’étouffant plus dans ses propres hurlements, permettant à l’air de circuler dans le corps, s’articulant sur les articulations, il se fait l’article primordial des significations !!! Le cri qui reste un appel se voit universalisé en un rappel permanent : dans l’écrit !!! Ainsi, l’écrit s’égosille et s’époumone – mais sans les effets secondaires désagréables du cri. Entre l’acclamation, l’ovation et les huées, tollés et autres conspuassions – l’écrit détient toutes les variétés de sons. La huppe en pupule et zinzinule la mésange. Quant à l’hirondelle elle trisse…bref – tout un immense territoire négligé et abandonné –

Voir ici les rapports inutilisés techniques de voix – techniques d’écrits !!!

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David Féron explique :

« Quand on chante, les cordes vocales vibrent dans le larynx. Ça, c’est l’utilisation normale de la voix. Dès qu’on s’énerve, on prend plus d’air, ce qui augmente la pression sur les cordes vocales. Le larynx de resserre et met en marche les bandes ventriculaires [surnommées les “fausses cordes vocales”, ndlr]. »

Gérard Chevaillier est ORL spécialisé en phoniatrie. Il a étudié la voix saturée pendant trois ans avec David Féron à l’hôpital Lariboisière (Paris, Xe arrondissement). Il précise que « la voix metal utilise un mécanisme vocal peu habituel et plus complexe » que le chant traditionnel :

« Le chant metal, ou voix saturée, est constitué de deux sons superposés synchrones : celui des cordes vocales, et celui des “fausses cordes vocales”, les bandes ventriculaires. »

Du coup, on a en même temps un son clair – produit par les cordes vocales – et un son saturé – venant des bandes ventriculaires.

David Féron fait deux types de voix saturée

La respiration est primordiale : il faut utiliser son diaphragme, qui contrôle la quantité d’air et donc la pression que l’on va appliquer sur les cordes vocales.

Le chant metal, naturel mais hors norme

« C’est un chant qui demande une énorme implication », précise Gérard Chevaillier :

« Il exige à la fois de la souplesse et une grande tonicité. Il demande énormément d’implication émotionnelle, un lâcher prise total – avec des textes chargés d’émotion, des valeurs – et donc de la tension : c’est paradoxal. »

Cette voix saturée, on l’a tous déjà utilisée. « Des peuples extra-européens utilisaient déjà la voix saturée il y a longtemps », indique Gérard Chevaillier. Et quand on crie ou gronde, on met en marche le même procédé.

Greg Puciato en concert en Autriche, en août 2011 (Emil Goldberg/Wikimedia Commons/CC)

Mais « chacun a une capacité de résistance différente », dit David Féron, et tout le monde n’arrive pas à tenir le temps d’un concert – c’est cette durée d’utilisation de la voix saturée qui est hors norme dans le metal, pour le phoniatre Gérard Chevaillier.

Pour le coach vocal, « tout le monde peut chanter du metal ».

« Ça m’est venu très naturellement, bien plus que la guitare », raconte Greg Puciato, chanteur du groupe de metal expérimental américain The Dillinger Escape Plan, qui a commencé à chanter à « 13 ans ou 14 ans » :

« Les gens m’ont dit assez tôt que j’étais bon, et je ne me trouvais pas naze, donc j’ai continué. »

The Dillinger Escape Plan, « Lurch »

Autodidacte, Greg n’a jamais pris de cours, et « n’en [prendra] jamais ». Idem pour Neil McAdams, chanteur de Black Breath – « J’ai appris en essayant, me plantant et en étant en colère » –, et Chance Garnette de Skeletonwitch.

Mais tous les trois, à un moment donné, se sont abîmé la voix. Greg Puciato explique :

« Le truc qui me gêne le plus, c’est la bronchite, qui s’attrape facilement quand tu passes beaucoup de temps dans des clubs chauds et humides, alors qu’il fait un froid glacial dehors. [...]

En 2006, j’ai eu un problème aux cordes vocales après quatre années de tournée. J’ai senti que ma voix était un peu usée et ça a duré des mois sans s’améliorer. Je suis allé voir un spécialiste qui a mis une caméra dans mon nez et ma gorge, et m’a filmé en train de chanter et crier. En gros, il m’a dit que j’avais une inflammation et que ça finirait par passer. Rien de grave. Peu de temps après, c’est passé, et je n’ai jamais rien eu de sérieux depuis. »

« Je me contentais de hurler à la mort »

Chance Garnette en concert en octobre 2012 (Robert Bejil Photography/Flickr/CC)

Pour Chance Garnette, idem : ça s’est calmé avec le temps et l’expérience.

« Au début, je poussais trop et me tendais trop, et je finissais avec des gros maux de gorge. Je n’avais pas appris à “vocaliser” correctement, je me contentais de hurler à la mort sans penser à la technique.

Dix ans plus tard, je sais ce que je suis capable et incapable de faire. Et à part une grippe ou un rhume occasionnel, ma voix reste en forme quand on est en tournée. »

David Féron met en garde :

« Si on ne maîtrise pas la technique de chant, le larynx risque de ne pas supporter la pression trop forte. [...] Sans technique, pas un seul metalleux ne se fait pas mal aux cordes vocales. »

Ces ennuis de santé peuvent se manifester sous la forme d’« irritations, picotements, rougeurs, inflammations, œdèmes aux cordes vocales... Autant de choses qui peuvent provoquer une grande difficulté à chanter ou restreindre la hauteur de la voix », prévient Gérard Chevaillier.

En 2001, le chanteur de Deftones, Chino Moreno, avait dû annuler plusieurs concerts du groupe pour cause d’inflammation et de paralysie partielle des cordes vocales.

Black Breath en concert en Belgique, le 07/07/11

Alcool + tabac, « très toxique »

Ils sont dus à une mauvaise technique, mais les conditions dans lesquelles chantent les métalleux jouent également : fréquence des concerts, fatigue, tabac... « L’hygiène de vie est très importante », insiste David Féron.

« En grande quantité, la fumée de cigarette peut dessécher les cordes vocales et provoquer irritation et fragilisation. Le sommeil est aussi primordial : si on gère mal la pression qu’on met sur le système vocal parce qu’on est crevé, on fait du forçage vocal. »

Et l’alcool ? Sans rentrer dans le cliché du rockeur en tournée, on peut se demander si la bière ou le Jägermeister en grande quantité contribuent à abîmer les cordes vocales. Si David Féron explique que « l’alcool n’a pas de lien direct avec les cordes vocales », le docteur Chevaillier précise : « [L’alcool] entre plus en ligne de compte dans l’hygiène vocale générale que sur les cordes vocales elles-mêmes. Mais le mélange de l’alcool et du tabac, c’est très toxique. »

63 concerts en 65 jours

La seule concession que fait Neil McAdams à ses cordes vocales, c’est d’essayer d’un peu moins fumer quand il est en tournée. Chance Garnette, lui, prend les choses un peu plus au sérieux :

« Je fais attention à garder ma voix en forme. Je ne fume pas de cigarettes, ce qui aide. Pendant notre dernière tournée, on a joué 63 concerts en 65 jours. Le set durait une heure à chaque fois. J’ai donc réduit l’alcool à cinq ou six bières par soir et je ne fumais pas de cannabis pendant la journée ou juste avant le concert.

63 concerts, ça fait beaucoup de cris et de growls, et ma priorité, c’était la performance et de faire ce qu’il fallait, pas de faire la fête. »

Skeletonwitch, « Crushed Beyond Dust » (live)

« La voix, c’est mon instrument »

Troy Sanders, bassiste et chanteur de Mastodon, explique dans une interview au magazine Voice Council :

« Je prends soin de ma basse, je change ses cordes, je la manipule avec soin, la nettoie et la polie. C’est la même chose avec la voix. [..] C’est aussi mon instrument et j’ai besoin d’en prendre soin et de bien la traiter, et elle tiendra le coup longtemps. »

Plusieurs sites donnent des conseils à l’usage des growleurs en herbe : abusez du thé et autres boissons chaudes, ou au contraire, préférez un soda frais. « Pour moi, il n’y a pas de “boisson magique” – thé, miel, spray pour la gorge, etc. – sur laquelle je m’appuie avant de monter sur scène », explique Chance Garnette.

Neil McAdams en concert en mars 2011 (_Tony_B/Flickr/CC)

« Quand j’ai commencé à chanter, j’ai testé tous ces trucs. Aucun ne marche aussi bien que de s’échauffer et boire de l’eau à température ambiante. Il faut faire simple. »

Le remède de grand-mère de Neil McAdams ? « Avant un concert, j’échauffe ma voix avec de l’alcool. »

L’échauffement, justement, est primordial, comme pour n’importe quel autre type de chant. Plus il est est fatigué, plus Greg Puciato fait des exercices qui consistent à « chanter des morceaux à un registre de voix de plus en plus large. Presque à chaque fois, il ne s’agit pas de metal. »

« Performance sportive »

La routine pré-concert de Chance Garnette est aussi rodée :

« Je m’échauffe pendant cinq-dix minutes avant la balance et juste avant le concert. En général, je commence par échauffer les growls graves. Je commence très doucement, puis je vais de plus en plus fort jusqu’à atteindre le volume sonore que j’utilise sur scène. Ensuite, je procède de la même manière avec le chant aigu. »

Olle Ekman du groupe suédois Deals Death fait des gammes

Echauffer sa voix est primordial, mais ça ne suffit pas. « Les chanteurs de metal font une performance sportive » sur scène, constate le coach vocal. « Ils perdent jusqu’à deux litres d’eau par concert » et se contentent rarement d’hurler dans un micro. The Dillinger Escape Plan, le groupe de Greg Puciato, est notamment connu pour ses prestations scéniques musclées.

Greg Puciato marche sur la foule à un concert de The Dillinger Escape Plan

L’idéal est donc de coupler la préparation vocale avec des exercices de respiration, des échauffements et des étirements, conseille David Féron.

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Publié dans corps des langages

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