La Terre est un corps/ et votre corps est la terre (2) Marécages...

Publié le par imagiter.over-blog.com

Te voilà donc (pour l'avant dernière fois) prévenu de te tenir bien écoutant aux écoutilles de notre vaisseau…La mise au pas des mots leur avait justement sauvé la mise : les mots s'étant mis à dire - à bien entendre - l'exact contraire - en cette oscillation …etc.. Relis donc une fois pour toute et relies ce qui le doit…Agrégés désagrégez vous…

 

1) Et déjà, tous alentours, frissonnent des contractions d'eau, aux spasmes de gelées ouvrant comme de tournoyantes orbites glauques dans le limon. Les balles des mots sauront se faire ballerines bientôt. Et l'air dansé par la trajectoire cinglante de la balle ballante, arrachée à son cône de poudre, dessine l'empreinte successive des cercles de l'oreille qui arrivent en vagues soyeuses, mourir dans ce coquillage où l'on n'entend plus la mer.

2) L'oreille n'est plus qu'empreinte fossile sucée par le souple marais. S'y couchent des crans de sabots, des coups de becs, des traces, comme des soleils qui auraient des ouïes d'étincelles. Les marques de la déchirure que les oiseaux du mot découpent dans la matière : pour que tu entendes (du latin intendere : diriger vers) où était dormant ce si beau vers . Quelle est donc l'ultime MATIERE de la parole. Le bal des balles? Ou le dessin pour l'œil? L'inscription (obligatoire pour la suite des récits de réciprocités du récit) étant étanchée par la soif élastique du marais. La salive s'emmêla à la boire jusqu'au clapotant calice de la membrane la plus onctueuse, la plus veloutée, du fond du palais. La langue revient sur elle-même. Jusqu'à s'en caresser. Oubliée. En son festin chat oyant. Les parois tendres et elle-même. Se badigeonne de sa propre fange. La langue langée par l'ange. La salive oui ruisselle de toutes les fleurs de la bouche à la fois, emmaillotant la langue alanguie, inondant tout le tréma de la glotte. Ce fond de la glotte. Quand des anneaux liquides s'enroulaient ou lait, autour de ce doigt de chair mouvante. Portier à ta portée, tu défiles, alors, vers le pommeau de la pomme d'Adam. Tu ouvres. Après le palais strié du désert le marais de la glotte - voici le porche du coffre respiratoire des mots aux serrures gonflées. Tu ouvres le très or. Mais de profil vois-tu l'animal du cri, dessiné dès les fosses nasales jusqu'aux pattes arrières des bronches, se dresse en s'appuyant sur sa patte avant, provoquée par la bouche communique, en haut et en arrière, avec les fosses nasales pour former, avec ces dernières, la douve par laquelle s'échappe le son vocal. Le paysage osseux de la parole est, ainsi, remonté jusqu'à l'horloge de son ressort. Pour qu'elle ressorte. Qu'elle ressorte. La motilité du mot. Et les énigmes soulevaient le tissu innervé de la voix, la peau ductile de la voix mettait des reflets de plomb mou sur la frange de la gorge. Le fond de la gorge palpite de racines convulsives. La langue tendue comme un arc de chair tandis que papillonnent des roues d'eau, l'écharpant de leurs voiles trans-lucides - la langue comme un esquif esquissant la gencive (les dents se faufilent comme des queues de poissons), la langue cernée, portée par le tube en alambiqué de la trachée, de la langue, arc boutée, flotte hors de l'eau. Elève sa motte de chair au-dessus des flots. Le flot en poudre laissa une traînée blanche. De la bouche du marais, la parole ayant fait entendre un son in-ouï, s'était inscrite puis s'était dévorée en une salive qui suivait très exactement les palpitations gélatineuses, le travail tout entier du marais, s'était, alors, longuement dégustée, avant de s'enfoncer dans le ressac sac des poumons, ouvrant leurs ouïes toutes à l'oxygène se rouillant en un mécanisme ultime d'où cingle le son. A bruire de nouveau. La parole déployant, une fois de moins, ses quatre dimensions. Inaudibles, invisibles, immangeables, irrespirables dans vous actuels discours longs. Et pourtant, pourtant, les mots reprennent leur usage, leur sens, et, avec leur sens, l'amas de connaissance. Tous ceux et celles que je connais, quoi. Sens : le motif du mot. Ce qui sépare l'homme de la femme est bien la LANGUE au son aquatique.

Quand le soleil se couche dans ton œil gauche, la lune est au fond de sa gorge. Sa langue - l'enceinte. L'homme continuant de regarder la femme, la voyant comme il l'a dit. La femme continuait, elle, de flotter entre l'image et ce qu'elle sent. Tout est étendue charnelle de nacre. Des regards jaillissants, sources de son ventre polissant out, pour conférer à la matière cette splendeur tranquille qui semble née du seul poids de sa coulée. Le regard en face. En arracher la lumière pour qu'elle jaillisse du visage et de sa force en fasse une pleine face buvant l'attention de ses deux yeux ouverts de clarté. C'est ainsi que le luisant chemin entre l'œil et la gorge se fit. Le dessin gorgé des seins où clignent les deux yeux insolents des pointes brunes. Le dessin pour l'œil des mots. Les arcs d'eau lui sont branchés directement de l'œil à l'oreille de feutre et le son rejoint la courbe qui, tout à la fois, le tend et l'entend. La cavité thoracique de l'homme se développe surtout dans sa partie inférieure, dès les dernières côtes. Maîtresse de céans la rive vire quand le navire aux côtes accoste. Le contraire a lieu chez la femme pour qui les mouvements respiratoires sont plus marqués dans la partie supérieure de la poitrine. Rendant les desseins des  seins si palpitants. Il en va de même pour la langue androgyne.

3) Le poids du moule collée sur son rocher, s'est durci jusqu'en sa moindre respiration élastique dans cette cage des marées que sont les marécages. Où tout mouvement vient achever de tournoyer la tour noyée. Où se détend le ressort liquide du mot dans la gorge que remontent les cordes vocales drissées à l'écoute, pour, ensuite, résonner dans la cage thoracique. Autre bocal de local. Que la vase devienne vase ne me laisse pas d'être évasif La corde de l'arc finit en cette pâte qui réembobine les grains d'atomes, comme d'un coup d'éponge crémeuse, dans l'oubli définitif de ce qui est bu par le déPLOIEMENT du temps. Le marécage est la matrice d'où tout, ayant cédé, pro-cède et où tout revient. Et tu pressures les couches mouvantes de tes pensées, la tourbe molle et le limon fuyant du fil des mots sous les gloussements de l'eau. O cette gadoue douée, si proche de notre matière grise, toute feutrée en épaisseur, formera le ciment de nos atomes désagrégés. Entre lesquels va rugir en fin la trompe du son. Prononcé puisque annoncé.

4) La peau flasque du marais comme est cette tremblotante masse où les reflets sont ridés, bridés dès qu'on la touche. Ventouse. Le granulé farineux et satiné de la peau des organes, creusée de multiples cônes, ayant la plastique succion d'un évier qui se vide, se rassemblant tous en un immense cône de tournoiement, jusqu'à l'empreinte fossile et bouchée des poumons enlisés de la Terre, reposant comme squelette glandulaire sous la peau du marécage. Démarrée cage des marées. Du fond de la vase, s'élèveront, et, sans bruits, éclateront des fleurs de flux et reflux verticaux, sans bruits à la surface de la sombre coupe et mourront de leurs ivresses. Les orifices émus parle hampes et les langues visqueuses barattaient, en épaisseur, la chair flexible agitée de tortillons musclés. Déjà du très fond de tes viscères, visage du marais, roule le feuilleté de ton sang. Nuageux. L'enveloppe de ta peau intérieure et les organes devenus transparents comme échappés de l'éloignement dans la buée des yeux de ta sensation, partout des palais de salive se dressent, longeant toute étendue. Etendons-nous donc là-dessus!

Le marais comme une lumière poissonneuse venait frayer au creux flexible de ta gorge, déposait sous toute ta peau des milliers d'œufs poisseux, des nids grouillants sous les aisselles. Ta peau mollissait, se parcheminait en mèches, torsades, en bandeaux lisses, sous le peigne du beau ventre rose et vert du marais. Les étoiles y insufflèrent leur semence légère. Mouvement de l'intérieur vers l'extérieur fermé mais une survenue impalpable qui grésille pour éclater au feu du centre de soi-même. Le marais était en sueur.

5) Quand le son boueux des mots éclata en bulles crémeuses dans ce réceptacle final de toute la respiration terrestre. Car après la respiration grasse du marais il ne faut attendre nulle expiration du contrat. Rien ne remonter à la surface. C'est la matière PREMIERE de la parole. Cette peau qui se déglutit comme on respire est, très précisément, l'image la plus proche de la peau de nos poumons. Et tu perds, perds pieds.

6) Cette même chair demeure le moule interne dont nous devons nous arracher, quitte à porter tous les marécages comme écharpes autour du cou, quitte à traîner tous les marais comme un lourd manteau à nos basques. La tapisserie de la pâtisserie intérieure. Cette même chair est à retourner et voir les cloques limoneuses, corroyées par la fièvre, brûlées, desquamées, meurtries, salies, encrassées, rayées par tout notre monde extérieur. Cette chair à traiter amoureusement, fémininement. La femme est à l'intérieur de notre corps. Et, enfant, je me serre contre moi, fais glisser en douceur mes peaux sur les organes d'elles-mêmes. S'aimer comme soi-même. Cette peau fragile, rétractile, dès qu'on la touche, enfermée surelle-même : est l'intérieur de nos corps. Panser cette si douce peau interne dans une caresse si fraîche, qu'après son passage toutes les plaies s'évaporent. Avec ses pailles révulsées, avec ses muqueuses couronnées de douce crème, l'homme exHALA le son comme s'il voyait le marécage lunaire. Ce cri des glandes creva la surface moelleuse du marias mal tonné. L'épaisseur sans assises de cette eau morte, où tout est enfouï, devenait le pouls profond et affolé du marais, le cœur à longs traits bu comme un abreuvoir. Et le cri a résonné oui résonné. Et tu raisonnes enfin.

7) Dans ce bourbier où rien ne peut rebondir, où tout s'enfonce dans cette souple glue, dans ce mouvant filet, où défile tout ce qui n'est pas réfléchi, où rien n'est échec. Tout vient s'y refondre. Cette profondeur des gouffres à ras de peau. La main éclose s'approche comme une poignée de racines, tâtonne. Pour cette gigantesque respiration. Cette réessencification. Cette resonisation. Cette révision. Cette retouche. Pour que le silence s'élance du nœud même où il naquit. Que le film et le son du monde soient effacés de leurs bandes motrices, de leurs matrices, que tout y recommence. Pour que les mots ne soient jamais USES.

8) Retires-tu un pied du limon que, déjà, l'eau brunie, salive noire du marais, monte en tournant dans le trou abandonné. Et bientôt de ce trou nulle trace. Nos pas ne s'arrachent plus que par des succions dressées ardentes du limon. La peau à l'intérieur des ventres se hérisse en algues. Tandis que les rivières crémeuses des poumons s'engluent à la mousse boueuse du sol qui semble le seul "évident" par rapport à cette planète tournant sa mayonnaise dans l'espace. Où peut être la terre MEUBLE dans ce mouvement? Où peut donc être la terre qui meuble nos mouvements? Et s'il n'en restait, justement, qu'à en dé-coller. Nos atomes toupient comme des astres dans la pâte marécageuse qui nous tasse au bout des ventres, au fond du ressort dernier des poumons, au bout des veines, aux carrefours des muscles où les os articulent la moelle, elle, et que l'arbre d'électricité des nerfs imprime cette molle cire vierge - des grappes de peau de raisins enrobés de soleil, des myriades de transparentes, des villes entière de glandes déployées. Tout ce qui cascade, ricoche, pompe, déglutit, expire, halète, aspire, glougloute. Toutes forces englougloutissantes.

Le sang comme une cloche sonne. Tout le corps est tendu à craquer. Chaque fibre participe jusqu'au bout de sa vie. L'acte de parole est le plus entier de tous. Il accule tout le corps en ses rouages roués. Il t'en-fonce en toi-même (et tout devient clair!) jusqu'au ressort ultime, l'axe rotatif où tout le paquet de ta vie tend sa dernière puissance, pour puiser encore, faire basculer les auvents qui retambourinent la locomotive en sa respiration pistonnée. Les canaux métalliques des nerfs s'embêtent, s'arc-boutent, girent, circulés par la pâle dans des pales de la lune aquatique. Sentant se gonfler un nœud d'énergie en toi, tu tentes de t'arracher, gorge nouée, à l'empreinte visqueuse. Limon, lis mon acte. Comme les tuyaux mous du marais, la parole fera se retourner la peau comme un gant, elle sera lavée, nettoyée, purifiée, rafraîchie, toute la peau enveloppante de nos marais intérieurs. Dont le marécage reste l'image la plus proche.

9) Comme des mottes arrachées avec leurs bouquets de veines, comme des arbres coupés en deux avec leurs alvéoles pulmonaires, comme l'écume du marais tranché avec les entrailles à l'air. Tout le corps retourné sous tes yeux. Une brise  de ronces dans l'épineuse lumière bourdonnait d'insectes métalliques sur la boue ébouriffée. Les phalanges des roseaux craquent. Leurs cheveux comme des flammes soyeuses crépitent. Soudain les pousses sont dégainées sur les râles d'eau. Des touffes d'herbe comme des balais sur la boue chauve, plantent comme des îlots sur la peau spongieuse du marais, hérissent leurs flèches d'épineux, leurs glaives de glaises lissant leurs aigrettes de javelots de végétation. La cage des marées du marécage amarré, assoiffé, à en couper toute inspiration de tous ses suintants bancs, cette quatrième dimension des mots en leur matière ACHEVEE entre la rive de leur son et la rive de leur dessin, entre leur respiration retrouvée et leurs moelleux liquides. Le malléable marécage, ouvrant l'ouvrage de ta peau à ton son ébloui, t'avait rendu irrespirable jusqu'aux tubes métalliques de tes nerfs qui, en un ultime sursaut, t'arrachèrent de toutes tes forces à ton écrin, ton écran, de limon. Bon. Le gond du bond. Te voilà partout couru de la sève du fil des jours. L'air est aussi cristallin que l'eau. Et l'intérieur de ton corps épouse ce paysage tandis que le désert et le marais avaient feutré le sac de ta peau moelleuse de la moelle la plus interne de ton mec anisme, donc te voilà! Dus désert à ses halètements de l'allaitement jusqu'au marécage qui honore le sonore, dès tes oreilles et tes yeux, ta bouche et ta respiration ambiante, courant partout, de la peau interne des organes à cette respiration nettoyante, expulsante, quand le marais se déchire sous la faux de velours des battements d'ailes du désir - le souterrain est tout tracé, retrouvé dans ton corps aussi bien qu'en celui de la Terre. Voies-tu la voie ?

Une ambassade des embrassades.

Maraison en raisonne et sonne le son du marais. L'onctueuse peau aux reflets lactés de nos corps, de la Terre, n'est percée que des orifices de la vision, de l'audition, de la respiration et de la bouche (et cette toujours incroyable ANALYSE). Mais, depuis trop longtemps, ces orifices ne sont enrubannés que de parole. Le voyant voyelle les voyages vocaliques. Volcanique? Mais quand font irruption les éruptions des orifices. Oui quand font éruption les volcans quand?

 


 

Vous pouvez lire et/ ou télécharger gratos sur freethewords.org , signet 1 titre « les mamelles du repos »… pp. 40 à 45…

 

(à suivre)   volcans....4641623418_7275288f21.jpg   

Publié dans littératures

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