La rue est un bordel (1/2)

Publié le par imagiter.over-blog.com

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Les lampadaires dorés se tordaient des profondeurs du sol, lançant une faible clarté sur les pavés ruisselant de soleil. Les murs tendus de pourpre se renvoyaient un bien étrange spectacle dans leurs miroirs liserés d'acier. Sur la moquette des trottoirs, les pas s'étouffaient quand chuintait le crissement des pneus au béton souillé. Les voitures se frôlaient, se déhanchaient, se faisaient même de l'œil. Les tôles s'amollissaient dans leur jus saumâtre. Des portières relevaient leurs jupes, d'autres décroisaient leurs seins juteux, tandis que, partout, sur les banquettes se malaxaient des formes, pieds pendants aux vitres. Une mousse dégoûlinait alentour – enfin, enfin, les machines nous renvoyaient tout ce que nos mains avaient introduit, le rêve expulsé du cerveau pour s'achever autos…

 

La rue, autrefois invisible, mais, aujourd'hui au soleil de tous, était aménagée en Grand Bordel. Et tous, comme auparavant, mais maintenant partout rutilant, faisaient le trottoir. Les graisses vainement retenues  dans d'huileux costumes rejoignaient une fureur écarlate. Salut mon loup! Tu fais le tapin ? les apostrophaient ceux qui, hier, retenaient les murs en mendiant au milieu de la rue…Aux sonnettes des tôlières, la population obéissait, et, obéissant, descendait un peu plus dans les listes spéciales des spécialistes. Les pauvres gens éclosaient putains. Tu pouvais te les payer pour cent balles ou pour un kilo de rouge, un mètre de pain…Et, contre le poteau d'incendie, ils baissaient leur pantalon, se faisaient posséder comme une résidence secondaire.

 

Le ballet mouvant s'acheminait dans d'épaisses volutes. Des corps affalés sur les tapis roulants des trottoirs se mouvaient sous les ventilateurs des publicités. Des visages congestionnés s'empreintaient dans la tulle rouge des rideaux.  Les bras battaient leurs ailes de poules. Les vitrines regorgeaient. On entrait et sortait. Le fric unissait tous ces beaux fruits. Tous s'installaient: partout des cons pétitions, encore, encore, les intérêts glapissaient autos d'escomptes, les scandales dépensaient nos dessous de tables, les mines des fines anses du viol, les banques où tous faisaient la queue aujourd'hui plus grosse qu'hier et bien moins que demain, l'air emprunté augmentait le débit des crédibles crédits, les sales hères et tu es conne omise, les pillant l'argentment…

 

--  Mais quel est donc le mobile du crime ?

--  Ben, c'est l'auto

 

Le fait, lors, jouissait d'une importance certaine. Les voitures ruminèrent au bord des trop tard trottoirs. Les piétons jetèrent des clous pour traverser. Lorsque, soudain, fusa cet hymne d'hyménée…

 

                        Ceinturé d'un cri de barbelé

                        il filait sur la nuit, claquait

                        les nuages, violentait les étoiles.

                        Mais déjà la nuit s'enfuit

                        derrière une aube pâle de honte

                        et Vénus descellée a fondu

                                                                        comme cire

                        le barbelé grouillant

                        du vainqueur fourbu

                        qui, au talon atteint

                        - bacillant la maladie –

                        foudroya le jour

                        bien après le matin.

                        Voici pourquoi courbe du labeur

                        le soleil saigne saigne saigne

                        au souvenir de l'homme

                        qui un soir funeste perça

                        LE SECRET URBAIN DU SEXE DIVIN

 

Derechef, j'entrai dans un café

 

--  Qu'est ce qu'il faut le baratiner, ce mec, pour qu'il boive.

 

Etait-il inscrit au fronton joufflu, pour que la fumée des misères rebondisse comme un ballon…un homme seul ne rougit pas à l'ombre qui se replie…

 

Les corps déroulés les uns sur les autres rythmaient leur cliquetis de pistons de locomotives dans les bouillons de foutre du k'en ai rien à foutre.

 

--  Je voudrais boire, croassai-je, en touchant une table de confort, me chuchotant plus bas : ben, c'est du bois et bois…bois le bois…

--  Vous lavez vos verres des fois ?

--   Mais vous l'avez votre verre, non ? me fut-il infligé..

 

Dans le bistrot des corps, je pris donc un verre à l'abordage et me servis d'une serveuse. Et puis quand on me rendit la monnaie nauséeuse, j'abandonnai un service, quel vice !

 

--  Allons de conserve, lui glissai-je, et je te montrerai que tout est boîte.

--  Si nous allions danser?

--  Et nous devrons nous enfermer dans une boîte, au lieu de se frotter au lait de la nuit…

--- Mais la cambrousse c'est pas à côté. Et, demain, je dois aller au turbin.

--  T'enfermer dans ta boîte.

--- Tu le fais exprès ?

      --- Qui sait ? mais de la boîte aux lettres, coupante et étroite comme l'hospitalité des gens, jusqu'à l'école et au boulot: la boîte reste la même…c'est mon cri de guerre de cette nuit: tout est boîte! Tout est boiteuse boîte! Emboîtons leur le pas! Aux boîtes! Aux boîtes!

--- T'es plutôt déprimant ou t'es trop drôle

--- Non je suis du "dernier" cri ! Allons, viens et je te ferai découvrir la vile ville! Mais, d'abord, arracher le bouchon et la ville commence à tournoyer et disparaît comme l'eau dans l'évier de la Terre.

--  Et nous sommes pris dans le courant.

 

Les rues aux métamorphoses roulaient à la conquête de leur enceinte. Faisant tâche d'huile à la lisière travestie…mais les moignons d'immeubles aux baies vitrées, où viennent accoster des caravelles de moustiques, mangeaient les yeux. Six mules tannées. Le minéral délétère est cour des miracles. Et sur l'humus des jungles humaines suant la matière poussent des grues crucifiées d'un bras seulement…itinéraire rapide le carrefour aux mitraillettes.

 

Mouvement d'autoMobile du Mouvement Horizontal: rencontres en voitures qui projettent la Verticalité Lasse de la cité…le cratère éteint retient ses coulées de maisons avec des bosquets en gribouillage romain. Romaman…scandale sur les murs. Lacération des fenêtres êtres, où butinent les piétinements enlacés des lampes tardives. Comme la ville tambourinée aux heures assombries des soirs d'hivers est sucrée. Comme un rideau d'eau. Les rythmes étanchés, tamisés des fenêtres clairs et nets. Aux pommettes assoiffées des grattes-ciel, mon cul ; la jointure en cartilage qui permet au fleuve blanc des véhicules tressautant de passer inaperçu. Et de nous tirer le coup de chapeau pointu des toits…

 

Alors nous dansions cherchant les cercles des villes, nous tournions pour arrondir la hauteur des buildings aux angles "obtus", nous nous penchions pour rattraper les fils des rues et en faire un filet.

 

--  Dévorons un quartier d'orange citadine

--  Enfournons les rôtis carrefours

--  Les églises de réglisse

--  Prestement les rues se ruent

-- Et alors les meublés immeubles vacillent sur leurs fondements: tout devient si meuble

--  C'est la ronde des arrondissements quand la ville saoûle

--  Ô oui les murs sont bien mûrs pour autre chose

--  Ecoutes-les! Les murmures murés des murs

--  Entends-les! Les pierres errent face au béton trop armé

--  Aux larmes! Aux larmes! Crient-elles, la ville doit tout conquérir. Tout recouvrir de son voile de pudeur.

--  Que le ciment soit partout reconnu.

 

"Quand la ville a éclaté c'était comme une bombe, les caillots de pierre étant retombés n'importe comment", se souvient l'ancêtre, sous le crâne chauve de sa porte.

 

Les phares d'une voiture nous cinglèrent les yeux. Les déchirements du moteur creusaient leurs sillons dans nos nerfs.

 

--  Et les moteurs s'emballent pour si peu.

 

Les clins de lumière déchiffrant les fenêtres, comme des moules aux façades.

 

--  On dirait des étagères

--  Ou des œufs carrés

 

Nous courions pour arrêter la vitesse. Nous essayâmes tout ce qui nous passait par le corps.

 

--  Quand à la place des places les lampes adhèrent

--  Tu n'y vois plus gouttes dans les gouttières

--  Quelle tuile va encore nous tomber dessus ?

--  Aucune si tu apportes à portée la porte

--  Mais nous sommes au niveau des caniveaux

-- C'est la grille et son grillage: la ville vient de s'apercevoir qu'elle n'était jamais entrée dans NOS mots.

--  La cité ne fut jamais citée.

--  Et comme la ferme toujours la ferme

--  Difficile de nous plonger dans le bain urbain

--  Ecartelés que nous sommes entre le langage veiné des pierres et notre langue qui jamais ne cita d'un – béton le ton ou d'un ciment la cime.

--  Et encore moins la cime des cimetières, nos futures cimentières entières.

--  Il devient impossible de sceller un ban au lieu des banlieues

--  Bien plus encore de croire à des faux bourgs

--  Les métros avaient partout bloqué la rotation des pôles de nos métropoles.

--  La gare doit être garée par là

 

Nous nous précipitions dans les fontaines formules pour ressortir repus de fraîcheur.

 

--  Regardes là haut le chemin des cheminées

--  Et la chaussée qui est déchaussée

--  Les pavillons de nos oreilles

--  Le parc tire à l'arc dans ton oreille à te hurler les nouveaux sons des villes.

 

Quant le jour, honnête travailleur – pointa – nous attrapâmes de justesse l'estomac d'un autobus, long tunnel où s'accrochent des corps bruissants de ce qu'ils vont faire en sautant du marché à pied. Abandonnés dans les banques des banquettes, ils voguent sur l'océan comateux où roule la ville. Et toi tu retiens ton rire aux secousses de la vélocité quand l'histoire change de place rapide. Ô comme nous aimions laisser nos corps dans l'abandon de la vitesse, vibrant des accélérations ou au ralenti des arrêts coulant dans tous nos muscles!!!

 

            Et nous cachions nos hilarités de tant de "transports" en commun…

 

            (à suivre)       en 2/2  sous le titre "La rue n'est pas un bordel !"…

 

**%%** où serait la grande littérature, to publie or not publie, de dérangeantes promiscuités, un p'tit romaman moderne, sans punching pas de bol,

Publié dans Victoires**

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lejournaldepersonne 09/02/2013 16:33


de la très grande littérature  Bordel - que c bon de lire du si bien écrit - trop merci...